Le choix : entre gris clair et gris foncé

Pour les plus anciens de nos lecteurs, ce titre fera penser à un album de Goldman des années 80. Mais nous n’allons pas parler de musique aujourd’hui. Nous allons parler de choix.

Lorsqu’on est dans la vie réelle, à chaque instant nous devons faire des choix. Du matin au soir, chaque jour de notre vie, nous devons prendre des décisions, certaines sans conséquences, certaines qui influeront toute notre vie à venir.

Comme nous ne sommes pas dans un site de physique quantique, nous éviterons les théories d’univers parallèles basés sur les conséquences des choix multiples, ni un site psycho pour parler des choix amoureux, nous allons seulement réfléchir à nos choix de consommation. Et quand on réfléchit non pas au niveau personnel mais au niveau global, on se rend compte qu’aucun choix n’est simple. Si on se place au niveau de l’individu, le choix A sera préférable, au niveau de la famille ce sera peut être le choix B, au niveau de la communauté de proximité (le village, la ville, le département) ce sera le choix C, et si on réfléchit au niveau mondial ce sera peut être un autre choix. Aucun choix n’est meilleur que l’autre, c’est juste une question de point de vue.

S’alimenter

Hélène nous a récemment présenté les étiquettes Nutriscore avec toutes leurs limitations, les manières de les contourner en jouant sur les effets de seuil. On en arrive à passer un temps de plus en plus long à lire et analyser les étiquettes sur tous les produits qu’on achète, et ce n’est pas facile vu la taille des caractères utilisés sans parler du temps passé à chercher où est le texte en français, parmi les 6 ou 8 langues proposées sur certaines marques. Et quand on a finit de tout décoder, finalement faut il choisir une pizza congelée avec un label bio, un nutriscore A ou acheter un paquet de farine, 4 tomates et une tranche de jambon et un bout de fromage au détail, autant de produit sur lesquels il n’y aucune information nutritive à décoder !

A de nombreuses reprises nous avons vanté les mérites des circuits courts, et il n’est pas question de remettre en cause les avantages de ce système économique, mais circuit court veut il toujours dire produit sain ? Il n’y a pas que les espagnols qui savent faire des tomates en hiver ! Les petits producteurs de Carpentras savent aussi utiliser les engrais pour produire les fraises dès le début du mois de mars ! On ne se pose jamais la question de ce qu’il y a dans le saucisson acheté sur le marché au producteur local. Tu crois vraiment qu’il n’y a que dans le saucisson de grande surface qu’il y a du sucre ajouté ?

Récemment je demandais à mon poissonnier local où il se fournissait : « Au marché de gros à Marseille ou auprès de petits pêcheurs ? » . Et bien voila la réponse « nous en tant que poissonniers nous n’avons pas le droit de nous fournir auprès des pêcheurs car on doit assurer la traçabilité ». ! (tu te souviens d’Ordralfabetix : « Je vends du poisson de Lutèce moi Môssieur ! J’ai le respect du client ! » – La grande Traversée – planche 4B )

S’habiller

Encore un secteur de consommation où nous devons faire face à des choix cornéliens.

La production chinoise, thaïlandaise, bengladi a envahi les rayons de nos magasins. Très difficile d’y échapper. Et quasiment impossible de savoir comment ont été traités les tissus utilisés, dans quelles conditions sociales ils ont été produits, ….

Si on fait le choix de vêtement « made in France » , le choix impacte directement le prix et ce n’est plus le critère qualité qui prévaut mais le critère financier. Et comme, de plus, les vêtements made in France sont souvent des produits de marques renommées, on peut adhérer, ou pas, aux modèles proposés et à l’image qu’elles véhiculent via leurs logo souvent bien visibles !

On paye cher, on affiche aux autres son statut social et en plus on fait de la pub  gratuite pour la marque … Fabuleux non ?

On connait l’argument : « il vaut mieux acheter des chaussures Weston à 500 Euros … elles dureront beaucoup plus longtemps qu’une paire à la halle aux chaussure à 50 euros ». Alors…. c’est pas entièrement faux, mais très souvent ceux qui ont cette argumentation, qui ont les moyen de se payer des chaussures à 500 Euros, n’ont pas qu’une seule paire dans le placard. Et fatalement quand on fait tourner 20 paires de chaussures Weston, on a l’impression qu’elles durent plus longtemps qu’une paire de Bally que tu portes 360 jours par an !!!

Et autre argument, très démago je l’avoue, je ne suis pas sûr que celui porte des Weston fasse autant de kilomètres à pied que celui qui porte des chaussures premier prix. On ne marche pas beaucoup quand on va de chez soi à son garage, et du garage au bureau !

Reste le choix de s’habiller en friperie, mais est ce vraiment un choix ? Ou une conséquence imposée par son pouvoir d’achat ?

Se déplacer

A un autre niveau d’investissement que penser des véhicules essence, diesel, hybrides, électriques. Sans réfléchir, en se fiant à toutes les campagnes d’informations, toutes pilotées par des constructeurs et les agences gouvernementales, on pourrait penser que l’électrique est le véhicule idéal. Mais lorsqu’on approfondit la question, il apparait de nombreux points sombres : quel coût énergétique pour produire les batteries ? Que deviendront ces batteries dans 10 ans ? Existera-t-il un marché de l’occasion pour ces véhicules ? Actuellement tous les spécialistes s’accordent à dire, sur la base de calculs relativement simples, qu’il n’est pas possible de dépasser 20% du parc automobile en électrique pour pouvoir assurer leur recharge avec le réseau électrique existant, qui est déjà saturé et qu’il faudrait également réduire pour sortir du nucléaire.

Alors les véhicules hybrides ? Même questions sur le cycle de vie des batteries, auquel s’ajoute les problématiques des moteurs à combustion. J’aurai presque tendance à dire que c’est le pire des deux mondes !

Une opinion personnelle ? J’attends la voiture électrique avec pile à hydrogène en restant attentif aux méthodes qui seront mises en place pour la production de l’hydrogène liquide.

En attendant , nous roulerons à vélo ! En plus c’est bon pour la santé.

Quoi ? J’entends une question au fond de la salle  ? : « Comment fait-on quand on est parent isolé avec 2 enfants pour aller travailler, déposer ses enfants à l’école,  faire ses courses et qu’on habite en zone rurale ? » … question suivante s’il vous plait !

S’équiper

On a déjà parlé dans ces pages du réfrigérateur. Certes on a très bien vécu pendant quelques milliers d’années sans cet appareil, le plus vorace en énergie de notre appartement sur une année. Mais n’a-t-on pas largement compensé ses défauts par les avantages qu’il apporte sur la conservation des aliments. Evidemment pour les privilégiés qui peuvent faire leurs courses tous les jours… ils n’en ont pas besoin…. mais la plaquette de beurre, le yaourt, où est ce qu’il les trouvent ? Dans le réfrigérateur de leur épicier ! Si on supprime complétement la chaine du froid dans ses choix d’alimentation… ça commence à réduire pas mal la diversité des plats (mais ça reste possible, on peut très bien manger du riz tous les jours… mais est-on prêt à perdre quelques plaisirs de l’alimentation ?

Un autre exemple sur lequel je reviendrai prochainement en détail, le four à micro-ondes autre star indispensable de nos logis. Je préfère d’ores et déjà éliminer tous les arguments du niveau « complotiste » qui décrivent le microondes comme une invention diabolique qui nous empoisonne. Pur Bullshit !. Mais d’une manière beaucoup plus réaliste, l’énergie consommée lors du cycle de vie de ces appareils à faible durée de vie est hallucinant. Encore une fois on peut s’en passer, (personnellement je n’en ai pas utilisé pendant 20 ans sans aucun effet de manque). Certains se posent des questions sur la destruction de certaines molécules au cours de la cuisson en micro-ondes. C’est vrai… mais pas plus que lors de n’importe quel autre mode de cuisson. Il faudrait donc mieux manger tout cru ? Quel claque pour les hommes préhistoriques qui ont inventé la cuisson !

Les moyens de paiement

Un autre exemple ? Les cartes de paiements. Ah le beau produit que voila ! Un miracle du XX° siècle ! Un bout de plastique dans la poche, prochainement intégré dans l’incontournable smartphone, et parfois réduite à une séquence de chiffres mémorisée pour faire ses achats sur Internet, en attendant qu’il soit totalement dématérialisé ou intégré dans une puce sous-cutanée.

Petit à petit, au cours des décennies, elle s’est imposée avec tous ses variantes, dans tous les interstices de notre vie économique. Ne tombe pas en panne d’essence n’importe où ! Sur certaines aires d’autoroutes, certaines stations en campagne, supermarchés, il n’est plus possible d’acheter de l’essence sans carte. Te souviens tu sur l’autoroute du péage avec un caissier ? terminé ! Et si veux payer en espèces… sois patient et tu as intérêt à être gaucher pour arriver à insérer tes pièces une par une dans la fente du monnayeur. Le panier de basket tellement pratique a disparu comme par enchantement en même temps qu’apparaissait les badges de télé-paiement.

Qui est le gagnant dans l’affaire ?  L’usager ?  Certes non ! Les gagnants sont les services financiers des banques : moins d’espèces à gérer, moins de chèques, fermetures des guichets, moins de personnel et moins de fraudes (ou plus exactement des fraudes plus faciles à bloquer, et à éviter).

N’est il pas hallucinant d’entrer dans la banque où tu as déposé ton argent et s’entendre dire « Non Monsieur, nous n’avons pas d’espèces ! allez au guichet automatique ! » ou « Ah non il n’est pas possible de retirer plus de 1500 Euros« …. Mais rogntudjuuu… c’est mon argent et je ne peux pas l’avoir !!!!

Essaye de négocier auprès de ton fournisseur internet, d’abonnement téléphonique un paiement par chèque …. quasi impossible (quasi… car ils n’ont pas le droit de refuser, mais il faut se battre pour l’obtenir et on est pénalisé d’un surcout sur l’abonnement pour un règlement par chèque)

Le gouvernement aussi s’y retrouve ! Payer ses impôts, ses PV ? uniquement par virement ou carte bancaire. Pas de chèque pas d’espèces !des virements ça se trace facilement.  Il est tout simplement interdit par la loi de faire des achats en espèces au delà de 1000 Euros ! Interdit de payer un employé de maison (femme de ménage, baby-sitter, jardinier) en liquide.

Il suffit d’examiner le compte bancaire d’une personne pour tout savoir de sa vie, encore plus efficace que Facebook (et je ne crois pas avoir jamais entendu personne protester que son banquier sache tout de sa vie ?!) Nos achats décrivent ton mode de vie, tes déplacements, tous les aspects de ta vie sont tout simplement écrits sur ton relevé bancaire mensuel.

Certains développent des monnaies locales qui sur le fond sont développées pour favoriser une économie de proximité … et pourquoi pas tout simplement utiliser des Euros mais exclusivement en espèces.

Autre inconvénient de ce mode de paiement par carte : l’usager a totalement perdu la valeur de l’argent. Pour acheter sa baguette de pain, son paquet de cigarette, ou une bague en diamant  c’est le même geste ! on tend sa carte parfois sans même demander le montant de la transaction.

C’est aussi grâce à ce moyen de paiement qu’il est si facile d’augmenter le prix de l’essence ou des cigarettes sans aucune réaction du consommateur.

Et enfin… les vacances bien méritées !

Partir en vacances ! Enfin !!!!

Le but ultime de notre année de travail ! Certains y pensent d’une année sur l’autre, commençant a se renseigner dés le mois de septembre sur leur prochaine destination.

Toute une année passée à faire les meilleurs choix pour préserver l’environnement et sa santé, en faisant ses courses à vélo dans 10 points de vente variés, favorisant les circuits courts, consommant des produits du jardin cuisinés avec amour. Pendant un an, on a géré nos déchets, on a fait attention à tous nos choix.

Et au moment de partir en vacance, bien méritées et quasi-obligatoires pour être « normalement » intégré dans son environnement social…. patatras ! On court vers l’aéroport le plus proche pour aller au bout du monde, et faire pendant 15 jours tout ce qu’on ne fait jamais chez soi ! Hôtel, restaurants, souvenirs, huile solaire, … tu n’as plus aucun contrôle sur toute ta consommation pendant ces 15 jours. Tu crois qu’à Marrakech ils ont les étiquettes Nutriscore ? Tu crois que ton hôtel à New-York utilise des paillettes de savon de Marseille pour la blanchisserie, ou que le Kebab que tu vas consommer à Istanbul est issu d’élevages qui ne consomment pas de produits OGM ?  N’est ce pas le plus phénoménal des paradoxes de notre vie de privilégiés ?

A quel moment fait-on un choix pour son bien être personnel ou pour le bien être des autres ? A quel moment bascule-t-on entre son plaisir individuel et le plaisir de faire ? Et quel est notre réel degré de liberté dans nos choix ?

Nul doute que ces réflexions appellent à toutes sortes de commentaires….. alors exprime-toi !

1 réponse

  1. Salut Yves (et Hélène ! )

    Un bien bel article, je te rejoins sur à peu près tout 🙂

    Pour moi le meilleur choix est encore celui de la décroissance… Et quand on est obligé de se procurer des biens, essayer la récup’ (don ou occasion). Mais je dois bien reconnaître qu’on est tellement conditionnés et tentés quotidiennement que ce n’est pas toujours simple !

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