Alimentation et gaspillage

Le gaspillage alimentaire

Dans le monde, chaque année un tiers des produits alimentaires ne sont jamais consommé (1,3 milliards de tonnes) (1). C’est l’équivalent en champs gaspillés de la surface du Mexique, et en eau gaspillée au Lac Léman.

Les raisons de ce gaspillage sont multiples à tous les niveaux de la chaîne de production :

Par exemple au moment de la récolte,  la mécanisation qui ne respecte pas le produit, les industriels de l’agro-alimentaire qui éliminent les produits non conformes (taille, aspect, calibre), la surpêche en mer. etc… Et nous n’avons malheureusement que très peu de moyens d’actions à notre niveau pour réduire ces pertes.

Nous allons ici nous concentrer sur notre part de ce gaspillage.

En France, ce sont 10 millions de tonnes de nourriture consommable qui passent à la poubelle, l’équivalent de 18 milliards de repas.

La grande distribution, souvent pointée du doigt par les médias, jette 750.000 tonnes. Depuis cette année, la loi leur impose des règles pour réduire ces déchets, en les proposant systématiquement aux banques alimentaires.

Au niveau des cantines et restaurants, c’est 1 million de tonnes qui finissent dans les poubelles.

Et dans nos maisons ?  C’est le premier lieu de consommation et il est donc « normal » que ce soit la première source de gaspillage : 2 millions de tonnes à la poubelle, ce qui représente 20 à 30 kg par personne et par an. (2) Pour ceux qui préfèrent parler en Euros, 2 millions de tonnes, c’est 10 milliards d’euros ou 1529 Euros par an par personne. On est loin des 5 euros par mois que le gouvernement vient de nous prendre sur les APL ! (stoppe ici aux trolleurs… je sais… ceux qui ont le plus besoin des APL ne sont pas forcément ceux qui gaspillent plus !, mais quand même,… j’ai des noms 🙂 )

Sans oublier que, au delà du gaspillage, il ne faut pas négliger l’impact économique et environnemental du traitement ultérieur de ces déchets (collecte, transport, tri, revalorisation éventuelle, pollution occasionnée par le transport et la destruction par combustion de ces déchets). Pourtant, on a trop souvent tendance à penser que une fois jeté dans bonne poubelle… tout disparait comme par magie (comme la capsule de café qui disparait dans la machine) !

Lutter contre le gaspillage à la maison

DLC, DLUO DDM DRC .. késako ?

DLC

A la maison, les principales causes de ces déchets sont les fameuses DLC (Dates Limite de Consommation), ou encore pire la date DDM (ex DLUO (Date limite d’utilisation optimale ou encore « A consommer de préférence avant »)

Les dates indiquées sont largement en amont de la date de péremption du produit.

En effet, pour les yaourts, on peut facilement compter 3 semaines au delà de la date ; pour la crème fraiche ou de la charcuterie, 1 semaine (surtout si l’emballage est intact).

Une petite réflexion à ce sujet : quand vous allez chez votre charcutier pour demander une tranche de paté… elle est ou la date de péremption ?  Quand vous faites vos confitures ? Alors pourquoi les produits naturels se garderaient sans date autre que l’apparition de moisissures à la surface du produit, alors que pour la charcuterie industrielle bourrée de conservateurs, il faudrait jeter un paquet de jambon dépassé de 24 h !

Savez vous que pour un même produit la DLC est plus longue pour un produit destiné à nos département d’outremer (par exemple, un même sachet de fromage râpé peut être commercialisé avec une date limite de consommation de 40 jours en métropole mais de 180 jours dans les DOM).

Une loi interdit ces pratiques depuis 2013 (LOI no 2013-453 du 3 juin 2013) ; or il faut savoir que le système législatif français est tellement lent, que cette loi de 2013 n’a vu son décret d’application qu’en mai 2016 !! Qu’en est il de sa mise en oeuvre ???

DCR

Et pour les oeufs ? D’abord contrairement à la pratique usuelle, il ne faut pas les conserver au frigo ! Saviez vous que l’accessoire « boite à oeufs » fournie dans les frigos est un accessoire dénommée « The french option » par les fabricants de réfrigérateurs ?

La date indiquée est la date de ponte. Ensuite il y a une date limite pour les consommer crus, dans une mayonnaise ou à la coque. Mais pour inclure dans un gateau, on peut considérer la DCR (date de consommation recommandée), indiquée sur le paquet qui est de 4 semaines après le jour de ponte. Et au delà… est ce bien normal de ne pas arriver à consommer 6 oeufs sur une période de 28 jours ? N’en auriez vous pas acheté trop à la fois ? !

DLUO et DDM

Quant à la DLUO, elle est maintenant remplacée par la DDM. En effet, Le Sénat a supprimé, en 2015, la date limite d’utilisation optimale (DLUO) sur les produits alimentaires non périssables, afin de limiter le gaspillage alimentaire. Elle est remplacée par une DDM (Date de Durabilité Minimale). Cette nouvelle notion de DDM est « une date indicative ». Une fois la date dépassée, le produit perd de ses qualités gustatives ou nutritives (baisse de la teneur en vitamines par exemple) mais n’est pas dangereux pour la santé.(3)

La DDM est une date purement commerciale. Rien ne justifie une péremption d’un paquet de pâtes, d’une boite de haricots secs, ou d’une boite de conserve. Dans ces conditions, elle n’a aucune valeur liée au produit ( et entre nous… si vous avez conservé un paquet de pâtes ou une boite de haricots verts  pendant plus de 4 ans dans un placard… il va falloir reconsidérer un petit examen des stocks à consommer, il y a manifestement trop de choses oubliées dans vos placards !!).

 

Acheter les quantités nécessaires !

Eviter les lots inutiles

Autre cause de déchet de domestique, la vente par lots ou de plats préparés dont la quantité excède la quantité consommée (une barquette de lasagne, une pizza, ou une boite de paella), en précisant ici qu’on ne parle que de l’aspect « quantité » et non pas de l’aspect « qualité » !

Apprenez à cuisiner les restes. Creusez vous un peu la tête ! ou alors creusez Internet qui propose une flopée de sites (https://www.lebruitdufrigo.fr/, marmiton, et autres… Lilo est ton ami !) proposant des idées de cuisine à partir des ingrédients du frigo, pour accommoder les restes. On ne jette pas une carcasse de poulet, un reste de riz, ou 3 feuilles de salades et une tomate abimée. Mélangez le tout pour faire un repas !

Pour ceux qui en ont la possibilité, on peut aussi gérer ses courses en « flux tendu « : idéalement un frigo devrait être vide. Donc pas de produits oubliés. On achète pour préparer son repas. Évidemment il faut moduler… tout le monde ne peut pas faire ses courses tous les jours.

Évitez les ventes par lot. D’une manière générale préférez le vrac. L’idéal est de prendre au détail au marché, ou au marchand de légumes ou épicier du coin plutôt que des produits sur-emballés dans la grande distribution. De cette manière vous serez aussi automatiquement amenés à consommer des produits de saison. C’est la meilleure manière de varier votre alimentation, de manger sain et de favoriser la production locale. C’est aussi une bonne solution pour réduire les dépenses et pollutions diverses liés au transport et la conservation de ces produits frais !

Ensuite, prenez un panier, un cabas, un chariot pour aller faire vos courses et refusez la mise en sac systématique. Puis pour votre cabas, pensez aux sacs en lin ou en chanvre faciles à trouver dans les magasins bio, sur les marchés de producteurs et artisans, ou sur internet (Ecosia est ton ami !)

Favoriser le local et les circuits courts

Dans la mesure du possible, localisez les producteurs locaux, coopérative paysannes, les circuits courts ou les paniers AMAP locaux.

Et faites participer les enfants ! Faites le marché avec eux, faites la cuisine avec eux. Ce sont eux qui seront les consommateurs de demain, et accessoirement c’est bon pour développer les liens parents-enfants.

Avez vous vu cette pub télé dans laquelle les enfants reconnaissent sans souci un crocodile, un éléphant, ou autre animal exotique, mais ne reconnaissent pas un poireau, un navet ou une aubergine ? Faites le test autour de vous, surtout parmi les citadins … vous serez étonnés !

Je lance ici un appel à nos lecteurs/lectrices qui sont enseignant(e)s en école primaire. Pourriez vous organiser un test auprès dans votre classe et communiquez nous les résultats dans les commentaires de cet article. (on pourrait faire le test au niveau Lycée, mais j’ai trop peur du résultat possible !)

Un pas plus loin.. cuisinez les déchets !

Par ailleurs, ceux qui ont le plus de talents culinaires, il existe des solutions pour cuisiner la plupart des déchets de cuisine (voir les livres cités en fin d’article).

Il est notamment possible d’utiliser les pelures de pomme de terre pour faire des chips.

De même, les fanes de carottes ou de navets, vert de poireau sont parfaites dans les soupes.

De plus, vous pouvez tiliser le fond d’un pot de miel pour préparer une marinade au miel en diluant le contenu avec un peu d’eau ou de sauce soja.

Pour finir vous pouvez verser de l’huile et du vinaigre dans le fond d’un pot de moutarde pour faire votre vinaigrette directement dans le pot.

Recyclez vos déchets

Quelque soit le soin apporté à réduire tout gaspillage, il restera quand même des déchets. Alors RECYCLEZ !!

C’est pourquoi vous allez pouvoir composter, nourrir des poules, donner le pain sec aux chevaux …. Et si vous n’en avez pas parce que vous habitez en ville au 8° étage d’un immeuble tout béton et verre dans le quartier de la Défense.. vous connaissez sûrement quelqu’un qui sera ravi d’accueillir vos déchets ! (

Juste pour voir ce qu’il est possible de faire dans le domaine du gaspillage, regardez donc cette expérience d’une famille qui a réduit ses déchets, tout compris, à 5 kg par personne par an !

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Quelques lectures :

 

  • « Quand la bouffe nous bouffe, Pourquoi et comment (re)devenir des mangeurs responsables« , Jacques-Pascal Cusin, Ed.Albin Michel
  • « Cuisine anti-gaspi, Ne gaspillez plus vos produits ! » – Sonia Ezgulian – Ed.Flammarion
  • « Utile ! + de 100 recettes éco-responsables » – Jean Imbert – Ed.Flammarion,
  • « Zéro déchet, comment j’ai réalisé 40 % d’économie en réduisant mes déchets à un litre par an ! » , Béa Johnson,  Ed.Les Arènes

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5 réponses

  1. Yves dit :

    Un complément d’information sur l’impact de la production agricole sur l’environnement.

    Le site de l’ADEME publie un dossier « Alimentation et Environnement, c’est quoi le rapport » .

    A lire d’urgence pour comprendre pourquoi la consommation des légumes de saison en circuit court n’est pas qu’une lubie d’écolos adeptes du bio.

  2. Cécile dit :

    J’ai fais le test avec mes élèves qui s’en sont sortis à merveille ! Pour la plupart ils s’y connaissent vraiment bien… ils ont des jardins potagers chez eux, les enfants de la campagne… ! Ils ont adoré la lecture suivie de Demain, nous avons fini le livre vendredi au départ des vacances, maintenant je pense partir sur un projet autour du développement durable, j’ai acheté un classeur plutôt complet, mais avec des fiches de niveau assez difficile pour mes plus petits mais ça doit pouvoir s’adapter ! Avec une petite création finale, je ne sais pas encore laquelle, mais je t’en ferais part !
    En ce qui me concerne moi… Je suis loin d’aller faire mes courses au marché avec mes bocaux… en revanche je vais à l’épicerie du coin pour les fruits, les légumes et le fromage (avec les mêmes sacs en papier depuis maintenant 2 ans!). Par contre le reste c’est en grande distrib… j’ai essayé les biocops mais je trouve ça hors de prix. Alors que dans les rayons bio dans les grandes distrib on trouve les mêmes produits 3 fois moins chers… Je fais des toutes petites courses et achète en très petite quantité car très peu chez moi finalement. Le midi je mange à la cantine les bons petits plats préparés par Nicole, et le week-end très souvent en vadrouille. Chez mes parents, les oeufs sont ceux pondus par les poules des voisins, fruits et légumes proviennent du jardin ou du panier de la semaine, la viande très souvent des élevages voisins et là encore tout le reste (fromage, féculents, etc.) proviennent d’intermarché… mais au niveau du gaspillage en revanche on s’en sort très bien ! Compost chez eux, emballages cartons et plastiques en revanche c’est assez compliqué… l’autre jour j’ai acheté une crème en pharmacie. Cette crème était dans un emballage carton, qui lui même était dans un autre emballage carton le même de taille plus grande ! J’étais excédée, mais n’y pouvais pas grand chose… En bref je fais du mieux que je peux et je m’améliore grâce à tes conseils ! 😉 Merci encore pour tes articles très bien écrits, accessibles à tous et très intéressants !

    • Hélène dit :

      Merci beaucoup pour ton commentaire Cécile 🙂 Ton retour d’expérience est instructif et relate bien le quotidien que nous pouvons tous avoir. En ce qui concerne tes élèves c’est évident qu’il y a une grande différence d’apprentissage entre ceux de la campagne et de la ville… Abel me racontait il n’y a pas si longtemps des anecdotes au moment du salon de l’agriculture où les parisiens ne savaient pas différencier un cygne d’un canard voir même un cheval d’une vache (bien que je le soupçonne d’être un peu marseillais quand il me raconte cette histoire !). Bref, je te félicite de faire ta si belle part et t’encourage à toujours aller plus loin ! Alternatibong sera là bien évidemment pour t’accompagner 😉

  3. Cécile dit :

    D’après ma mère, dans les petits intermarché du coin, les produits comme la viande par exemple, viennent du coin. Il y a une boucherie, où l’on trouve que de la viande locale. Sinon j’ai oublié aussi de parler du site « que choisir » où l’on trouve les meilleurs produits rapport qualité prix. Que pense-tu de ce site ?

    • Hélène dit :

      C’est vrai que dans les petits supermarchés il favorise parfois le local. Abel me racontait par exemple la politique de lidl dans le nord notamment où il se fournissait en porc dans les élevages du nord. Néanmoins ce qu’il faut savoir c’est que parfois il mélange les différentes provenances et que même si les animaux sont élevés localement les abattoirs ne sont pas forcément à côté… Comme je dis souvent un choix écologique n’est pas forcément meilleur le tout c’est de savoir pour quelles raisons on fait tel ou tel choix pour effectivement sélectionner le plus adapté. Pour ce qui est du site que choisir ils sont à l’origine de pas mal de dénonciation de produits nocifs donc je leur accorde une certaine crédibilité. Mais comme tu me poses la question je vais tout de même aller creuser sur leur indépendance etc pour savoir « que choisir » 😉

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